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21/11/2000 France Soir (FR)

France Soir

Bob Sinclar a 31 ans. Depuis une décennie, il écume les salles hexagonales et déve-loppe à grands coups de pla-tines ce qu'il est convenu de nommer la French Touch, comprendre, le mouvement, techno français.

Respecté internationalement, il partage les scènes avec Carl Cox ou encore Charles Schillings, preuve de son talent évident. De retour avec un nouvel album électronique-pop, Champs-Elysées (East West), le DJ explore unenouvelle fois les rythmiques entêtantes et les sonorités inconnues. Il parle de la musique qui l'a rendu célèbre, et de ses travers, sans langue debois.

France Soir. - Quand avez-vous commencé à mixer?
Bob Sinclar. - En 1988, dansma chambre! Certains DJ travaillent déjà depuis 83-84, quand cette musique est apparue. En France, le mouvement électronique est arrivé plus tard que dans les autres pays. Je me suis associé à DJ Yellow. Puis, en 1994, nous avons créé Yellow Productions, afin de produire notre propre musique. Après plusieurs projets, je me suis lancé, il y a trois ans, dans l'aventure Bob Sinclar et ça marche très fort dans les clubs.

Informatique

Où en est, aujourd'hui, lemouvement techno ?
B. S. - C'est vraiment le début d'une aventure. Cela fait dix ans que ça grossit. En France, la scène électronique enfle depuis deux ans. Moi, je fais pa-tie de la première génération, déjà des jeunes arrivent et font des trucs terribles! Il y a encore une barrière très forte au niveau des médias. Nos morceaux sont souvent instrumentaux et n'entrent pas dans le format radio.

Vous considérez-vous comme un musicien ou un informaticien ?
B. S. - Ni l'un ni l'autre! Je suis un bidouilleur de sons, un petit producteur, je ne suis pas Quincy Jones. (Rires.) Je n'ai aucune formation de musicien mais une formation de DJ. Moi, je fais du neuf avec du vieux, je prends la musique black des années 70 à laquelle je rajoute une dynamique beaucoup plus grosse via l'informatique.

On parle beaucoup de drogue dans le milieu des raves parties, qu'en pensez-vous?
B. S. - Les nouvelles musiques font toujours peur. Quand Prince est arrivé en 1984, qu'il était nu sur son lit en chantant Sexy Machine, tout le monde acrié au scandale. Heureusement, des gens comme Philippe Manœuvre ont informé le public avec des émissions comme Sex Machine.

N'est-ce pas tout rie même une attitude convenue deconsommer de l'ecstasy quand on va en rave?
B. S. - Vous savez, les raves onttendance à disparaître! Aujourd'hui, les soirées sont organisées dans des clubs, la techno est très accessible. En plus, tous les mouvements ar-tistiques sont liés à la drogue. Pour moi, drogue et techno ne sont pas liées. Moi-même, je ne fume pas, je ne bois pas et je ne prends pas de drogue.

Chambre

Pensez-vous que la technoait redoré le blason du paysage musical français?
B. S. - On a perdu un gros complexe par rapport à nos voisins anglo-saxons et américains qui ont créé ces musiques et qui ont su les exporter. On a appris à produire nos disques et à les développer nous-mêmes, sans les majors. Aujourd'hui, les majors jouentun rôle de récupérateur, et c'est très bien car le panel de distribution est plus large.

Des groupes mélangent rock et techno, c'est l'avenir?
B. S. - La scène rock français en ayant absolument pas percé à l'étranger, elle a tendance à décliner. Tous les anciens rockers, comme Mirwais (ex-Taxi Girl) ou Kid Loco, font désormais de l'électronique. Ils s'intéressent à la musique black avec leur héritage rock.

La techno est-elle une musique individualiste ?
B. S. - Elle l'est car, souvent, elle est faite par une seule personne. C'est une question d'époque: le DJ a pris beaucoup d'importance et il doit amener le public à imaginer des paysages, des impressions. Le public ne doit pas découvrir quelque chose en soirée, il doit avoir des repères de sons, des samples (échantillons de musiques existantes passés en boucles) de morceaux qu'il connaît. Le DJ qui travaille doit avoir conscience qu'il n'est pas dans sa chambre!

Recueilli par Patrice LE NEN, France-Soir Mardi 21 novembre 2000